Le calice

Si, comme moi, vous êtes un puriste qui aimez savourer votre soupe à la cuillère, vous avez probablement levé le nez sur la mode consistant à boire votre soupe dans une tasse — mode qui est devenue populaire depuis le milieu des années 1980. Pour ceux d’entre nous qui préférons notre soupe dans un bol, qu’on nous demande de boire notre soupe dans une tasse n’était peut-être pas la goutte qui a fait déborder le vase, mais c’était à tout le moins difficile à avaler.

Cela pourrait donc vous surprendre que le calice duquel nous buvons une gorgée, dimanche après dimanche, a peut-être commencé également sa vie sous la forme d’un bol. Dans l’église primitive, la dernière demeure du très saint Graal (le gobelet que Jésus a partagé avec ses disciples lors de la dernière Cène) a fait l’objet de nombreux débats et complots.

Dans les faits, au sixième siècle, des pèlerins en route pour Jérusalem, ont été menés à croire que le Graal se trouvait dans l’église du Saint-Sépulcre. Lorsqu’ils sont arrivés, cherchant le gobelet du Christ, ils ont découvert un calice, ressemblant énormément à ceux que nous voyons aujourd’hui ; un récipient en argent noble et ornementé — mais avec deux poignées attachées sur son pourtour — très semblable à tout trophée ou coupe moderne soulignant une victoire.

Cependant, au huitième siècle, on a découvert que ce soi-disant graal n’était pas d’origine authentique, de sorte que la recherche du Graal a repris. Le prochain candidat prometteur était le Sacro Catino de Gênes, dont la légende voulait qu’il ait été apporté en Italie par Jacques au cours de ses tribulations apostoliques. Au lieu d’avoir la forme d’une coupe, ce graal était un bol fait d’émeraude et de verre mesurant environ quatorze pouces et demi de diamètre. Néanmoins, ce présumé graal était si somptueux et si riche que les autorités religieuses dénoncèrent ce canular et il a cessé d’être considéré comme le saint Graal.

Cela dit, les recherches sur la vie et l’époque de Jésus suggèrent que la coupe de la dernière Cène pourrait très bien avoir plutôt l’apparence d’un bol. Après tout, les paysans pauvres de Judée mangeaient et buvaient avec des instruments simples et peu coûteux. Pour ajouter plus d’arguments à cette controverse entre bol et coupe, il est intéressant de noter que le terme calice (du latin calyx) peut vouloir dire coupe ou bol. De plus, le terme graal est une déformation du mot latin cratalis qui réfère spécifiquement, et seulement, à un bol.

Cependant, que le calice soit ou ait été un bol ou une coupe ne porte pas à conséquence. Comme c’est le cas pour d’autres récipients sacrés, ce qui est significatif, ce n’est pas tant l’objet lui-même que ce qu’il contient. Le calice est l’un des objets les plus sacrés parce que nous croyons que ce n’est rien de moins que la coupe du salut dans laquelle nous mettons le symbole du sang que le Christ a versé pour nous.

Comme l’a dit Saint-Jean Chrysostome : « La table n’était pas d’argent, le calice dans lequel le Christ a donné son sang à boire à ses disciples n’était pas d’or, et pourtant tout ce qu’il y avait là était précieux et vraiment adapté pour inspirer le respect et l’admiration. » Puisque son nom « Chrysostome » signifie littéralement « Bouche d’or », j’imagine qu’on peut dire que non seulement il sait ce qu’il dit mais aussi, en ce qui concerne l’alimentation, qu’il connaît le récipient dont on se sert.

Le Révérend Canon Steven Mackison est l’officier liturgique du diocèse.