Dans ma dernière publication, j’ai mis en lumière les origines du calice. Nous allons maintenant nous attarder à la patène, surtout parce que ces deux objets vont de pair autant que le pain et le vin qu’ils contiennent.

Tout comme le calice, son complément dans la grâce, la patène a connu un passé liturgique haut en couleur. Le mot lui-même vient du terme latin patina qui signifie « un plat de service » ou « une assiette de service » et qui réfère au réceptacle où repose le pain, c’est-à-dire le corps du Christ, qui est offert pendant l’eucharistie. Comme on peut s’y attendre, la patène a connu autant de transformations que son complément sacré, le calice.

N’importe quel historien religieux un tant soit peu informé vous dira que le pain que Jésus a rompu pour le partager avec ses disciples dans le cénacle ne reposait certainement pas sur la patène telle que nous la connaissons aujourd’hui. Il est tout à fait vraisemblable que cette première patène n’était rien de plus qu’une simple assiette en céramique ou un panier en bois.

Cependant, lorsque les communautés chrétiennes primitives ont commencé à célébrer l’eucharistie, il est devenu évident qu’une petite assiette, ou un petit panier, ne suffisait pas pour contenir le pain consacré puisque — prenant exemple sur le Christ — du vrai pain était utilisé, plutôt que les hosties que nous savourons aujourd’hui. (Pour ceux qui ne se sont pas accoutumés au goût, « les hosties que nous savourons » n’est peut-être pas la meilleure tournure de phrase.) En tout état de cause, dans le but de recevoir la quantité de pain nécessaire pour alimenter les fidèles, un réceptacle plus grand était essentiel. Certains érudits ont émis l’hypothèse que les patènes primitives étaient des assiettes de proportions généreuses ; des plats de verre, de bois ou de cuivre qui pouvaient facilement peser entre vingt et trente livres.

D’autres exégètes des traditions eucharistiques insistent pour dire que la patène n’était ni une assiette, ni un plat, ni même une boîte à pain. Des sacs de lin blanc — maintiennent-ils — étaient plutôt utilisés pour distribuer le pain consacré. Il ne faut pas se surprendre que cette coutume ait été rapidement abandonnée et que la patène ait évolué vers la forme actuelle d’une assiette.

Néanmoins, autour du neuvième siècle, lorsque les cérémonies fréquentes de la sainte communion ont connu un déclin, il n’était plus nécessaire d’avoir recours à des patènes d’un diamètre aussi grand. La grosse miche de pain a cédé la place à la petite hostie du prêtre qui garnit la patène jusqu’à ce jour, donnant à la patène une dimension semblable à celle sur laquelle Jésus a offert son corps. Aujourd’hui la patène garde la taille réduite qu’elle avait dans l’église médiévale. La patène contemporaine mesure environ de quinze à vingt centimètres de diamètre. Elle est typiquement faite d’argent ou d’or et est souvent assortie au métal précieux du calice qui l’accompagne.

Il est intéressant de noter, toutefois, que dans plusieurs églises, le recours au vrai pain est une pratique de plus en plus acceptée. On pourrait dire que ce retour à une tradition ancienne est, pour l’église, une autre des tentatives déjà en cours afin de retrouver la foi et le témoignage des premiers disciples, qui se sont rassemblés autour de la table pour recevoir le (véritable) pain de la vie des mains de Dieu lui-même.

Le croyant plus terre-à-terre dirait probablement que lorsque nous recevons le corps du Christ, ce serait bien qu’il ait le goût du produit authentique. L’un de mes mentors a un jour fait le mot d’esprit suivant concernant le goût des hosties : « Je peux croire qu’il s’agisse du corps du Christ, je ne peux tout simplement pas croire qu’il s’agisse de pain. »

Et pourtant, comme pour tout ce qui concerne les sacrements, ce qui importe n’est pas tant les éléments en tant que tels, mais ce qu’ils deviennent ; car qu’il s’agisse d’un pain ou d’une hostie, nous croyons que ce qui nous a été donné n’est rien de moins que le pain de la vie.